Espace : A quoi pourrait ressembler un futur tourisme spatial « de masse » ?

Plusieurs milliardaires ont récemment lancé des vols privés dans l’espace.Ce nouveau « loisir » pourrait devenir un hobby pour très riches.Une pratique qui pose des questions environnementales et sociales, et qui pourrait avoir du mal à réellement se démocratiser.

Le vol spatial, futur loisir à la mode ? Après leurs petites escapades médiatiques au-dessus de la Terre, les milliardaires Richard Branson (Virgin) et Jeff Bezos (Amazon) comptent bien faire fructifier leur nouveau hobby en attirant des touristes de l’espace. A terme, Virgin Galactic prévoit pas moins de 400 vols par an pour emmener ses clients à 80 km d’altitude et leur faire profiter d’une belle vue pendant quelques minutes. De son côté, Blue Origin, fondée par Jeff Bezos, propulsera les astronautes d’un jour à 100 km du sol lors de ses prochaines « missions ».

Les candidats ne manquent pas. Chez Virgin, 600 personnes ont déjà réservé leur place depuis plusieurs années. Et 1.000 autres sont sur une liste d’attente. Chez Blue Origin, 7.600 personnes ont participé aux enchères pour tenter de décrocher un siège à côté de Jeff Bezos. « La demande [pour les vols] est très forte », a d’ailleurs assuré le milliardaire mardi dernier, lors d’une conférence de presse.

« Ce ne sera jamais accessible au plus grand nombre »

Ah oui, on a peut-être oublié de vous parler d’un tout petit détail. Pour monter dans le vaisseau de Virgin Galactic, le ticket de base est à 211.000 euros, le tout pour un vol d’une dizaine de minutes. Et chez Blue Origin, le gagnant de l’enchère a déboursé 24 millions d’euros afin de s’envoyer en l’air avec le sosie de François Lenglet. Quant au vol orbital privé prévu par SpaceX à l’automne 2021, il a été financé par un milliardaire, son coût (confidentiel) étant de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’euros.

C’est peut-être pour ça que Pierre Lionnet, économiste et directeur de recherche à Eurospace, association qui défend les intérêts des industriels du secteur spatial, se montre très sceptique sur un tourisme spatial « de masse » : « Il y a des limites techniques fortes qui font que ce ne sera jamais accessible au plus grand nombre. Pour chaque vol, vous devez payer des techniciens, des ingénieurs très qualifiés, vous avez des procédures de vérification qui prennent plusieurs jours avant le décollage… ». Tout cela représente des coûts incompressibles, sans parler évidemment des dépenses initiales énormes pour développer les fusées ou les vaisseaux.

Moins cher, c’est possible ?

Si ces vols sont réservés aux ultra-riches, d’autres innovations pourraient permettre un accès plus large au frisson spatial. Ainsi, le programme « Earth to Earth » d’Elon Musk ambitionne de relier les principales villes du globe en moins de 45 minutes, grâce à la fusée Starship. Une sorte de RER à très haute altitude. Après plusieurs échecs, un prototype a enfin réussi un décollage et un atterrissage en mai dernier, et le fantasque PDG de SpaceX prévoit les premiers vols d’essais en 2022 ou 2023.

« La fusée aura une capacité d’emport de 100 tonnes, on peut très bien imaginer que 50 personnes puissent monter dedans en même temps, explique Pierre Lionnet. D’après Elon Musk, le coût total d’un vol pourrait, à terme, être inférieur à 2 millions de dollars (1,7 million d’euros) ». Divisé par 50 passagers, le prix du billet serait alors de 40.000 euros. Une somme évidemment énorme pour une très grande partie de la population, mais qui se rapprocherait des tarifs « Première » actuellement pratiqués en avion, qui peuvent monter jusqu’à 20.000 euros.

Un climat pesant

Si ces projets d’espace peuvent faire rêver, ils posent un problème très terre à terre. Chaque vol nécessite en effet une énorme quantité de carburant, avec une pollution évidente à la clé. Dans un article de The Conversation publié l’année dernière, plusieurs scientifiques français rappelaient qu’un vol Virgin Galactic de Richard Branson représentait environ 4,5 tonnes de CO2 par passager. « Pour quelques minutes d’apesanteur, cela représente plus de deux fois l’émission individuelle annuelle (« budget CO2 ») permettant, selon le GIEC, de respecter l’objectif (+ 2°C) de l’Accord de Paris » écrivaient-ils. Quant à Blue Origin de Jeff Bezos, elle utilise de l’hydrogène, souvent fabriqué à partir d’hydrocarbures.

Le jugement des scientifiques est donc sévère : « après leurs yachts privés et leurs avions d’affaires, les lubies spatiales de ces (ultra) riches entretiennent l’illusion de toute-puissance à l’origine des graves dérèglements de la biosphère terrestre ».

« Un nouveau marqueur social »

Une « lubie » critiquée également par Pierre Lionnet. « Ces vols habités, ces sauts de puce dans l’espace, ne sont pas si modernes. Si vous prenez Virgin Galactic ou Blue Origin, ils ne font rien de plus que ce que faisait déjà le programme spatial américain (Mercury) dans les années 1960. Donc quand on parle d’avancées techniques, je suis perplexe ».

Pour l’économiste, « ces voyages sont vendus comme une expérience unique et chère, qui ne demande pourtant aucun effort. Vous avez toute une mise en scène, avec les tenues, et une cérémonie au retour sur Terre. C’est un nouveau marqueur social. La preuve, c’est que Richard Branson et Jeff Bezos assurent que leurs clients sont désormais des astronautes ». Mais la réalité pourrait rattraper ces milliardaires ayant la tête dans les étoiles : il y a quelques jours, l’agence fédérale américaine de l’aviation (FAA) a précisé les qualifications requises pour être réellement astronaute.

La personne doit notamment avoir accompli « des activités pendant le vol essentielles à la sécurité du public ou contribué à la sécurité des vols spatiaux ». Des critères auxquels seuls les pilotes ou personnes réalisant des tâches durant le vol peuvent prétendre, et pas les simples passagers. Jeff Bezos n’a donc plus qu’à ouvrir un manuel de la Nasa avant sa prochaine tentative.

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